Monsieur le Maire, il est encore possible d’éviter la banqueroute de Grenoble!

Monsieur le Maire, mes chers collègues,

Mireille d’Ornano et moi-même avons un avantage sur vous. Nous ne sommes pas passés du néant politique au statut envié de Maire de Grenoble en une soirée. Nous avons, nous, connu de nombreuses expériences municipales, modestes certes, mais instructives. Mme d’Ornano à Grenoble dès 1989 et à Manosque en 1995, moi-même à Saint Priest dans le Rhône en 1995 et 2001. Et nous avons toujours observé le phénomène suivant.

Le débat d’orientation budgétaire est toujours un moment de grande virtuosité politique et oserai-je le dire, poétique : On va « optimiser » les moyens financiers et humains, on va travailler sur « l’efficacité et l’efficience » des politiques publiques, on va assurer une « meilleure » gestion des emplois non permanents, le tout bien sûr dans une optique « partagée, transversale et co-construite ». Et si les choses ne vont pas très bien, c’est bien évidemment la faute du gouvernement, quel qu’il soit, et éventuellement de la situation internationale. Naturellement, toutes les propositions électorales seront « tenues » et les finances « contenues »…

Puis arrive le vote du Budget. Et les choses commencent à se compliquer. On glisse du poétique vers la sécheresse des chiffres. Alors on décide soit d’augmenter massivement les impôts, comme l’a fait votre prédécesseur en 2009 soit d’augmenter le recours à l’emprunt. C’est ce que vous nous proposez ce soir et que j’avais prédit il y a quelques mois…

Puis arrive le Budget supplémentaire et là, on commence à intégrer les résultats du compte administratif précédent et les choses se compliquent. Et oui, on avait quelque peu minoré les dépenses en personnel et les frais généraux. On constate que les investissements coûtent plus cher que prévu, c’est vraiment pas de chance ! En fait, il faudrait se mettre en tête que les investissements publics coûtent TOUJOURS plus chers que prévu. C’est une loi non inscrite des marchés publics. Et là, faute de ressources nouvelles, on est contraint de faire à nouveau recours à l’endettement. Vous l’avez fait l’année dernière à hauteur de 12,4 millions d’euros. Vous n’aviez, il est vrai, guère le choix. Mais on en est quand même maintenant à 18 millions d’euros d’endettement supplémentaires en 9 mois !

Alors Monsieur le Maire, pourquoi une telle introduction à notre analyse ?

Parce que c’est la première fois que j’étudie un budget municipal qui intègre une épargne nette aussi clairement négative: – 8,3 M€ avant même que l’année ne commence! Nous ne sommes même plus à même de rembourser par nous même le capital de la dette et d’abonder les dotations aux amortissements. Et la conséquence la plus directe est que, grâce à l’emprunt, si on peut dire, les recettes d’investissement sont supérieures aux dépenses !

Je le rappelle encore une fois, l’épargne nette c’est ce qui reste lorsque l’on a réglé le remboursement du capital de la dette, abondé les dotations aux amortissements et réglé les travaux en régie.

Vous êtes DEJA dans le mur et vous le savez, ce qui me parait plus grave. Et vous le sous-entendez dans le document qui nous a été remis il y a deux semaines. Vous l’expliquez doctement page 10 en rappelant que la ville pourrait ne plus être à même de tenir ses obligations d’équilibre budgétaire à savoir rembourser sur ses deniers le capital de la dette et ses amortissements sans une baisse drastique de ses dépenses de fonctionnement. Encore faut-il réussir cette baisse drastique ! Aujourd’hui, en termes de trésorerie, vous empruntez pour rembourser le capital. Toujours page 10, vous faites allusion à la mise sous tutelle de la ville par la Préfecture, c’est une première dans un DOB ! Page 15, comme pour vous couvrir, vous faites clairement allusion à des dépenses d’investissement non budgétées, ce qui est une accusation très grave, et met directement en cause votre prédécesseur.

Vous êtes DEJA dans le mur parce que vous considérez comme certaine une subvention de l’Agglomération qui pourrait ne pas l’être parce que justement, l’agglomération va prendre son envol et qu’elle aura besoin de nouveaux crédits.

Vous êtes DEJA dans le mur parce que vous partez vers une légère baisse des dépenses de personnel ce qui est selon moi faux car si effectivement, nous abandonnons du personnel au profit de l’agglo, nous en abandonnons aussi les recettes qui vont avec en vertu du principe de neutralité financière qui nous a été doctement présenté lors de notre dernier conseil.

Mais comme vous ne voulez pas vous dédire devant vos électeurs, vous nous repassez une fois encore votre catalogue de mesures électorales. Cela passe par le non armement de la police municipale, fallait oser après les événements de début janvier ! Cela passe par la suppression des panneaux d’affichage publicitaires qui nous rapportaient 600 000 € et les petites jardinières et plantations de Madame Lheureux. Cela passe par la confirmation d’investissements dont l’urgence et la nécessité ne sont nullement démontrées tels le Brise-glace, le pôle gare et le pavillon de la mobilité, à lui seul pour la modique somme de 13,3 M€. Et cela passe par des choses encore plus surprenantes comme l’accès à un partage égal de l’espace public entre hommes et femmes. Voulez-vous dire par là qu’il existe, ici, à Grenoble, des zones où les femmes sont personna non grata ? Si c’est vraiment cela, il ne faut pas se cacher derrière son petit doigt et dire à notre Conseil ce que vous savez vraiment.

Alors Monsieur le Maire, même si nous risquons de ne pas être entendus, nous vous ferons quelques propositions.

  • Décalez, je ne dis pas annulez, je dis décalez les investissements que je viens de citer.
  • Essayez de voir si l’on ne peut pas suspendre ou retarder les travaux des terrains de tennis couverts, ils sont peut être phasés par tranches. Il y a peut-être quelques Millions d’euros à gagner. Nous aurons dès lors moins à emprunter.
  • Allez voir certaines de nos associations et dites-leur que leur subvention ne pourra être maintenue qu’en échange de prestations de service dans le cadre du changement des rythmes scolaires. Il y a sûrement parmi ces associations des bénévoles qui pourraient s’investir avec compétence dans le sport, le chant ou le théâtre… Cela peut paraître surprenant mais cette expérience a déjà lieu dans des villes gérées par le Front National. Mme d’Ornano se fera un plaisir de vous arranger un rendez-vous avec M. David Rachline, Maire de Fréjus ou M. Julien Sanchez, Maire de Beaucaire.
  • Envisagez des économies dans nos bâtiments publics, le chauffage à fond l’hiver et la climatisation à tout va l’été sont sûrement des pistes à explorer et là, je ne doute pas que pour une fois nous pourrions être d’accord.
  • Revoyez à fond nos aides aux associations et au CCAS : Non pas à la hache comme vous l’avez fait avec les Musiciens du Louvre mais en fonction de leur utilité municipale réelle. Pour notre part, il ne nous parait pas bien logique que la commune participe par exemple au financement de l’arabe dialectal. On peut, et on doit, aider les gens originaires de l’immigration à s’exprimer et à communiquer, mais en Français, qui est encore, à notre connaissance, la seule langue officielle de notre pays.
  • Journée des tuilesDemandez-vous s’il est moralement et financièrement sain de créer de nouvelles fêtes comme la journée des tuiles. Cette journée fut, hélas, un prélude à la révolution française et à son cortège d’horreurs, de la Terreur aux guerres de Vendée sans parler des guerres napoléoniennes et des ces armées de conscription qui multiplièrent par 10, au moins, le nombre de morts sur les champs de bataille. A la suite des événements de ce début janvier, il nous parait sage de ne pas célébrer ce qui fut, hélas, un prélude à la guerre civile.

Pour finir. Monsieur le Maire, sachez que ni Madame d’Ornano, ni moi, ne souhaitons voir la Préfecture nous prendre sous sa tutelle. Alors nous vous demandons, respectueusement mais fermement, de bien vouloir considérer avec intérêt certaines de nos propositions.

Conseil municipal du 26/02/2015
DÉBAT d’ORIENTATIONS BUDGÉTAIRES

Intervention de M Alain Breuil, Conseiller municipal du groupe Front National

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